Olivier Messiaen et la technique de l’emprunt: une publication

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Les travaux que je mène sur l’œuvre d’Olivier Messiaen avec mes collègues Yves Balmer et Christopher Brent Murray depuis 2010 ont tout récemment abouti à la publication d’un article dans le Journal of the American Musicological Society, l’une des principales revues musicologiques internationales. Ce texte d’une petite centaine de pages est l’occasion d’un premier exposé de notre recherche dans sa globalité, aboutissant à révéler et à analyser la place centrale de l’emprunt dans l’invention musicale chez Messiaen, et conduisant à renouveler en profondeur notre compréhension de ses techniques de composition, de ses œuvres et de ses écrits théoriques.

L’article, intitulé « Messiaen the Borrower : Recomposing Debussy through the Deforming Prism », est librement téléchargeable ici :

Yves Balmer, Thomas Lacôte, Christopher Brent Murray, « Messiaen the Borrower : Recomposing Debussy through the Deforming Prism », Journal of the American Musicological Society, Vol.69, 3 ©2016 by the American Musicological Society

Il m’a semblé utile de le présenter en quelques mots aux lecteurs francophones, et tout spécialement aux musiciens non familiers des revues musicologiques étrangères.

Préfigurant la publication de notre ouvrage Le modèle et l’invention : Olivier Messiaen et la technique de l’emprunt aux éditions Symétrie en 2017, l’article présente certaines de nos conclusions en prenant pour l’occasion appui, à titre d’exemples emblématiques, sur les emprunts à Claude Debussy, emprunts harmoniques, mais aussi rythmiques. Il nous permet de montrer comment, dès ses premières oeuvres et pendant toute sa vie, Messiaen emprunte des matériaux mélodiques, harmoniques et rythmiques (en isolant ces trois paramètres) à des oeuvres et répertoires qu’il admire, les prélève et les transforme selon des techniques particulières pour en faire la matière de sa propre musique. Il montre également comment cette pratique parfaitement consciente s’organise en méthode privilégiée, et comment Messiaen en dévoile les fondements dans son ouvrage Technique de mon langage musical, dans un exposé ambivalent qui révèle et cache tout à la fois. Bien loin de nous limiter à un simple signalement des emprunts, nous analysons la manière dont Messiaen les fait siens et compose avec eux par montage de matériaux d’origines diverses, et nous envisageons quelques conséquences de ces découvertes pour notre compréhension de la composition musicale au XXe siècle. Nous montrons aussi que ces emprunts peuvent entrer en relation avec le sens que Messiaen construit pour sa musique, et dont témoigne ses titres, épigraphes et commentaires, mais que l’analyse de ces liens doit être conduite avec prudence. Nous exposons enfin quelques-uns des fondements de notre méthode d’enquête, qui croise un grand nombre de sources pour dépasser une simple comparaison de partitions ou d’intuitions auditives (qui transforme trop facilement des analogies en causes) et assurer que nous reconstituons effectivement le travail du compositeur: un compositeur récoltant et transformateur, dont l’absolue singularité du regard qu’il porte sur ses modèles n’a d’égal que celle de l’oeuvre qu’il édifie  partir d’eux.

La publication de ces recherches dans le contexte académique américain nous conduit à nouer pour la circonstance le dialogue avec certaines traditions musicologiques peu connues en France, mais elle est aussi l’occasion, sur un terrain encore clairement divisé entre « musicology » et « music theory », de démontrer le profit à tirer d’une collaboration étroite entre une approche historique fondée sur des sources, et une étude rigoureuse des textes musicaux et des pratiques d’écriture. Pourtant, par-delà ce cadre de réception qu’est la communauté musicologique, cette nouvelle entrée dans l’atelier créatif de Messiaen tend aussi la main aux praticiens, interprètes, auditeurs, curieux de comprendre l’invention musicale et de renouveler leur écoute de l’œuvre du compositeur.

un commentaire

  1. […] La découverte de sa technique d’emprunt, que nous avons menée avec Yves Balmer et Chris Murray (voir le billet précédent) en constitue sous bien des aspects un prélude, en ce qu’elle nous a permis d’entreprendre une […]

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